GYROROUE SHOP – L’INTERVIEW

Comme je l’écrivais dans un précédent article, Gyroroue Shop est très certainement l’une des meilleurs boutiques de roue à Paris. Situé boulevard Soult à deux pas de la Porte Dorée, le local est tout petit. Il offre malgré tout 2 avantages :
  • Les trottoirs y sont larges et relativement peu fréquentés par les piétons. C’est idéal pour tester les machines. D’autant plus que l’on peut profiter à la fois d’une zone de plat et d’une belle côte.
  • A quelques centaines de mètre du Bois de Vincennes, il permet de faire les séances d’initiation à la roue dans un cadre autrement plus cool que le béton parisien.

Il y a quelques semaines, j’ai proposé à l’équipe de Gyroroue-Shop de les interviewer. J’avais envie de comprendre un peu mieux la vie d’une boutique et d’avoir l’avis  de professionnels sur les évolutions du secteur. Sylvère et Maria ont très gentiment accepté de répondre à mes questions.

Bonjour à tous les deux. Pour commencer, j’aimerais savoir comment vous en êtes arrivé à ouvrir une boutique spécialisée dans la vente de  mono-roues.
Sylvère : C’est amusant, La roue est arrivée dans un moment de ma vie où je préparais ma reconversion. J’ai vu une roue pour la première fois au Mexique lors d’un déplacement professionnel. J’ai vu un type se balader avec une gyroroue sur le dos. Il ne roulait même pas dessus, mais ça m’a intrigué et mon côté geek a pris le dessus, je voulais en savoir plus. J’ai consacré les jours qui ont suivis à me renseigner sur ces drôles d’engins et leur utilisation. J’en ai acheté une, maitrisé la bête… et je suis devenu accro ! J’ai passé beaucoup de temps à côtoyer des wheelers pendant les rando et j’ai fini par me dire qu’il fallait faire de cette passion mon futur job. Alors, avec deux potes wheelers on a décidé de lancer un business. J’avais « sourcé » la marque King Song et commencé à négocier un deal de distribution exclusif, ça s’annonçait bien 🙂
Mais, c’était la première fois que je me lançais dans l’entreprenariat, j’étais encore naïf et je n’avais pas anticipé toutes les difficultés. Pour faire court, nous avions prévu de nous lancer à 3, mais l’un de mes potes a préféré s’abstenir au dernier moment. Nous nous sommes lancé à 2 associés avec un capital de lancement amputé de 30%. Par ailleurs, King Song Chine a changé de vision pour l’Europe et à autoriser King Song France à se lancer. Notre deal d’exclu s’éloignait à grand pas… Malgré  tout on avait créé la boite, dealé avec KS France une exclusivité Parisienne, lancé le site, acheté quelques roues (8 seulement ! ), pris des locaux. Il fallait foncer maintenant… Et c’est là qu’on a réalisé la charge de travail. On peut avoir l’impression qu’une boutique c’est tranquille, mais il y a des dizaines de choses à faire (et à découvrir et apprendre dans mon cas). On commençait les journées assez tôt et on finissait régulièrement après 23:00 sans parler des week-ends… Assez vite mon associé a compris que ce n’était pas la vie qui lui convenait et je me suis retrouvé à tout faire tout seul et à chercher un nouvel associé… et puis Maria est arrivée !
Maria : J’ai évolué pendant quelques années en tant que responsable commerciale et pédagogique pour des centres de formation, missions locales, chambres de commerce et confédérations. Mais ça faisait quelques temps que je cherchais à me lancer à mon compte. Je ne voulais pas le faire seule et J’avais envie d’une activité pas trop « passe partout ». J’ai connu Gyroroue shop et rencontré Sylvère dans le cadre de mon dernier poste. Je passais tout les jours devant la boutique. Je travaillais sur le même trottoir. Je le voyais travailler comme un acharné. Il faisait preuve d’un courage incroyable. Nous avons sympathisé et nous échangions beaucoup sur nos activités respectives. Il à tenu à m’apprendre à faire de la roue pendant son temps libre . Et ce n’était pas gagné, parce que j’étais très trouillarde dès qu’il s’agissait de glisse. Et de mon côté, je lui donnais des coups de mains quand je pouvais. Et de fil en aiguille, l’idée de nous associer nous a paru pertinente. Nous sommes complémentaire. Nous avons la même vision du rapport à la clientèle et de l’implication professionnelle.
Et tu ride maintenant ?
Maria : Oui oui… je suis moins douée que Sylvère mais je ride des 14’… Une KingSong noire en ce moment.
J’ai un peu de mal à comprendre pourquoi le magasin vous prend temps de temps. Finalement vous n’êtes ouvert que l’après-midi. Comment ça se fait que vous passez temps d’heure à bosser ?
 
Sylvère : En fait, quand la boutique est ouverte c’est le moment le plus sympa. Pour nous, la priorité c’est le client. On prend toujours le temps de discuter ou d’expliquer. Mais cela nous empêche de faire d’autres tâches tout aussi nécessaires. Il y a évidemment  tout l’administratif, la compta, etc. Mais il faut aussi gérer le site internet et les réseaux sociaux. Nous devons aussi passer beaucoup de temps en veille pour être au courant des nouveauté et sourcer des nouveaux produits. Nous faisons des cours d’initiation. Nous faisons également le SAV de machines (ce qui prend un temps de dingues)… Sans parler du fait que les relations avec les clients et les fournisseurs ne sont pas toujours simples quand on parle des garanties constructeurs. Certains clients font une mauvaise utilisation de leurs machines et certains distributeurs limitent trop les prises en charges sous garantie… Et nous, on est au milieu, on sert souvent d’intermédiaire « raisonnable » ce qui nous oblige à parlementer longuement avec les uns et les autres pour trouver une solution raisonnable… Je ne citerais personne, ni aucun cas réel 😉
Maria : Nous essayons de mettre en place des prestations diverses et complémentaires à la vente en boutique tant pour les particuliers que pour les professionnels.
Pour certaines activités, des demandes d’autorisations administratives doivent être faites. Cela veut dire des dossiers à faire, des relances, du suivi et pas mal de délais. Donc certain projet sont en attente  de réponse de l’administration. Dans d’autres cas nous devons inventer des formules de prestation sur mesure ou pas, les  mettre en place avec les tarifs associés ect…sans compter les mailings et les relances que nous devons faire…Nous sommes en veille sur tout ce qui est manifestation en lien avec la micro mobilité et quand on décide d’y participer cela demande un gros travaille en amont, puisqu’il faut imaginer et préparer toutes les animations, mobiliser les personnes et gérer la logistique et ensuite y participer. Bref, nous avons des idées, des projets plein la tête depuis que nous nous sommes associé. Mais pour le moment, nous n’avons même pas fait la moitié de ce que nous voulons développer.
Parlons business maintenant :)…Quand vous avez créé Gyroroue Shop, vos concurrents étaient déjà là (E-roue, Urban360,…). Comment vous êtes vous positionné par rapport à eux ?
Sylvère : Oh… On ne pensait pas comme ça à l’époque… Moi je voulais juste faire une boutique sympa, qui tourne bien et dure dans le temps… J’ai toujours privilégié l’ambiance, la passion, et une approche détendu. Je pense que si les gens viennent ici c’est parce qu’ils savent qu’ils seront bien accueillis, écoutés et conseillés par rapport à leurs besoins et en fonction de leur budget. On a beaucoup de passionnés qui passent juste pour échanger des histoires de wheelers, se retrouver entre riders, donner quelques conseils à des débutants. Les autres boutiques ne sont pas vraiment « des concurrentes » ce sont plutôt des confrères sur des zones de chalandises proches. C’est encore un tout petit milieu, on se connait, on se dépanne, on veut tous la même choses : voir un max de parisiens sur roues et vivre de notre passion.
Maria : Chez nous les clients apprécient l’esprit communautaire, l’ambiance familiale et on espère garder cet ADN.
Nous avons un avantage non négligeable, comme nous sommes multi marques et multi produits et n’avons pas la double casquette « importateur – revendeur » contrairement à la plupart des boutiques spécialisées de Paris. Nous ne privilégions pas une marque plus qu’une autre, ni un produit plus qu’un autre. Nous sommes vraiment dans le conseil au plus prés du besoin du client.
trolley gotway tesla
Qu’elle est votre vision du marché ? 
Sylvère : Aujourd’hui on est à l’éclosion, au prémisse, de quelque chose d’extraordinairement d’innovant au niveau des nouveaux véhicule électrique individuel (NVEI). On est précurseurs. Certains nous prennent pour des illuminés et pensent que la roue n’est qu’un effet de mode….mais ce n’est pas un effet de mode du tout, il suffit de regarder l’évolution du marché de la trott électrique, par exemple. On la voit partout ! En fait, peu importe le NVEI utilisé ce qui compte c’est que ces nouveaux moyens de déplacement rentre dans les moeurs et qu’il y ait un véhicule pour chaque besoin et chaque personne. Cela doit et va devenir vital.
De nombreux wheelers préfèrent acheter leur roues sur Aliexpress et profiter de prix très attractifs.
Qu’en pensez-vous ?
Sylvère : Ce n’est pas un problème, tant qu’ils jouent le jeu et acceptent le fait que les revendeurs français ne peuvent pas prendre en charge un produit « hors réseau », non tracé, pour des soucis de responsabilité. Nous recevons tous les jours des appels de personnes qui se retrouvent seuls face à leurs problèmes. Plus grave, quand il y a un rappel de sécurité sur un produit, une grand partie des clients ne savent même pas qu’ils doivent se mettre en contact avec leur revendeur en Chine. Dans certains cas, il faut renvoyer le produit en Chine. Ce qui est tout simplement impossible pour les particuliers à cause des réglementations très strictes sur les batteries. Sans compter que c’est impossible pour un client de faire valoir ses droits de consommateurs en Chine. Les garanties sur Ali sont différentes aussi : de 6 à 12 mois contre 24 mois en France. Il faut donc bien calculer avant d’acheter en Chine… Surtout que nous faisons des facilitées de paiement en 10X pour nos clients.
Comment voyez-vous notre secteur se développer dans les années à venir ?
Sylvère : Je suis un passionné de roue, mais en dehors de ma passion je vois bien qu’il y a de plus en plus de personne intéressées par la micro mobilité, ils viennent à la pêche aux infos, faire des essaies et acheter…nous avons une augmentation de client non négligeable par rapport à notre première année d’activité.
Il y a un engouement grandissant, et nous n’en sommes qu’au début.
Maria : C’est vrai qu’a l’origine nous sommes spécialisés dans la mono roue et nous tenons à garder cette spécialisation. Ce qui ne nous empêche pas de nous intéresser à d’autre NVEI et de nous diversifier dans tout type de micro mobilité électrique. La trottinette en est un parfait exemple : nous avons de plus en plus de demandes.
Il y aura de plus en plus de véhicules électriques divers et variés, les changements d’habitude, la vision du grand publique évolue en ce qui concerne les nouveaux moyens de locomotion individuel.

 

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